JERÔME FERRARI, PRIX GONCOURT 2012

Un très beau roman, pas trop long en extension mais riche en valeurs qui deviennent de plus en plus rares dans la littérature contemporaine. Technique raffinée, structure impeccable, vocabulaire choisi, fluidité du récit… autant d’éléments qui ne devraient manquer dans n’importe quelle oeuvre aspirant à perdurer dans la mémoire du lecteur exigeant.

Félicitations aux trois autres finalistes et bravo Mr Ferrari pour un Goncourt que vous avez bien mérité.

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© E. Altés, 2012

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Goncourt 2012 troisième sélection: Alexakis éliminé, Delville et Dicker favoris, Ferrari tient le coup aux côtés de Linda Lê

 

Lors de la troisième sélection des candidats au Goncourt les quatre titres suivants ont été retenus en vue de la grande finale:

–  « Peste et choléra » de Patrick Deville (Seuil)

– « La vérité sur l’affaire Harry Québert » de Joël Dicker (Fallois)

– « Le sermon sur la chute de Rome » de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

– « Lame de fond » de Linda Lê (Bourgois)

À noter la disparition d’Alexakis dans ce dernier ballotage. Aussi la force de Linda Lê qui a su encore une fois attirer l’attention du jury avec son roman « Lame de fond ». Finalement, la capacité de résistance de Ferrari qui, malgré tout, tient le coup vis-à-vis des deux grands favoris de la presse. Je serais bien hereux de voir son bouquin couronné avec le prix Goncourt.

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© E. Altés, 2011

Goncourt 2012: Ferrari, Delville, Alexakis

Mes favoris pour le Goncourt 2012. Les autres romans retenus lors de la deuxième séléction:

Thierry Beinstingel, Ils désertent, Fayard
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert, Fallois/ L’Age d’Homme
Mathias Enard, Rue des voleurs, Actes Sud
Linda Lê, Lame de fond, Bourgois
Joy Sorman, Comme une bête, Gallimard

Prochaine rendez-vous des académiciens: Salon du Livre francophone de Beyrouth. La troisième séléction sera annoncée le 30 octobre, de 10 a 16 heures (France).

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© E. Altés, 2011

Jayne Mansfield 1967, de Simon Liberati

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Prix Femina 2010, ce roman de Simon Liberati -meilleur pote, dit-on, de Frédéric Beigbeder– présente avant tout une grande vertu: on peut le lire d’un seul trait. Et ce n’est pas une mince affaire à l’heure actuelle, accoutumés comme nous sommes à suer du sang chaque fois qu’on essaie d’arriver coûte que coûte à la dernière page de romans que, trop souvent, se montrent autant tedieux qu’assez mal écrits. Du reste, seulement faire noter que le sujet central du récit, l’épouvantable crash qui ôta la vie de Jayne, devrait attirer l’attention des plus fétichistes, tandis que les amateurs de tout ce qui tient à la déchéance de l’être humain, sauront se délecter en aspirant le parfum fin des glorieux cinquante que les pages de ce roman exhalent. Roman pseudo-biographique au décor soigné, qui se prête à merveille à une lecture insouciante et nullement réflexive, non sans nous rapeller par moments  -surtout en ce qui concerne l’ambiance et la couleur- certains aspects noir et pulp de la meilleure littérature américaine.

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© E. Altés, 2011

Des propos sur la littérature française entre deux bretteurs espagnols

Au mois d’août dernier, lors d’une languissante soirée en compagnie de connaissances assez lointaines, j’eus l’occasion d’entamer une brève conversation avec l’un des convives, professeur de français dans un lycée du nord de l’Espagne. Conscients du fait que nous étions tous deux des animaux appartenant à la faune ibérique en extinction(1) nous parvînmes très tôt à échanger des points de vue sur nos goûts et nos préférences en matière de littérature.

En jouant un peu le rôle de connaisseurs nous soutînmes pendant une demie heure un combat amical, à coup de titres, d’auteurs et de citations. S’il m’envoyait un Péguy, je lui répondais d’un Alain-Fournier… Que je lui assenais un coup de Giono, voici qu’il m’assommait illico avec son Julian Green… Voyez comment à peine son couteau ose-t-il frôler ma peau avec son Moderato cantabile, mes Fôrets de la nuit viennent tout de suite au secours… Regardez enfin comment mon adversaire , sûr de sa victoire, tire son épée sur mon coeur à l’aide d’un citation de Camus et sous quel coup de fleuret célinien il tombe, séance tenante, blessé de mort sur un sol jonché de beaux mots en langue française qu’on aura du mal à retrouver en dehors du cercle restreint des amateurs espagnols de littérature outre pyrénéenne.

Curieusement, nous parlâmes très peu d’actualité. À peine quelques observations de mon côté sur les inévitables Houellebecq, Pennac, DijanLittell et autres Beigbeder, et une pudique, timide, mais cohérente, défense pour sa part d’Amélie Nothomb et de son art d’écrire, ou plutôt de décrire.

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(1) Il y a lieu de noter ici que, depuis les années soixante-dix, les lettres françaises ont été reléguées par les autorités responsables de l’enseignement au simple statut de curiosité historique, son apprentissage et sa diffusion devenant par la suite, aux yeux de ceux qui font partie du establishment culturel, soit une sorte de divertissement intellectuel pour des élites nostalgiques et désuètes, soit une curiosité mondaine par laquelle le « franco-bibliophile » concerné voit comment il emprunte pour quelques instants devant son audience  l’aspect d’un monstre de baraque, d’une créature cauchemardesque, d’un caprice de la nature, d’une abominable pythie a qui seuls les plus hardis osent interroger sur les arcanes de son bizarre sagesse.

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© E. Altés, 2011

L’univers déclinant de Boni de Castellane

Boni de Castellane, L’art d’être pauvre, G. Crès, 1926, 277 pp.

Voici la deuxième livraison des mémoires du dandy qui épata la grande société européenne de la Belle Époque par le luxe et par l’excentricité des fêtes célébrées dans ses palais, notamment celles qui eurent lieu au Palais Rose, demeure inspirée par le Grand Trianon et bâtie sur l’Avenue du Bois, aujourd’hui Avenue du Maréchal Foch. Fier défenseur du catholicisme, fidèle représentant du credo monarchique, Boniface de Castellane (dit Boni de Castellane) aristocrate dépourvu de moyens fut l’un des premiers à offrir ses titres de noblesse en échange d’une immense fortune provenant du nouveau monde. En effet, il se maria à Anna Gould, milliardaire américaine fille du tycoon des chemins de fer Jay Gould, ce qui lui permettra de mettre en place ses idées d’esthète en même temps qu’il redorait son blason. Il mena ainsi une vie de prince jusqu’au jour où Anna, lasse – dit-on – des aventures galantes de son mari et urgée par ses conseillers d’outre-atlantique de mettre fin au gaspillage de sa fortune auquel les excès de Boni lui forçaient, décide d’initier le procès de divorce. C’est juste le moment où commence le récit de L’art d’être pauvre. Le livre nous montre un Boni en pleine déconfiture, qui essaie de se redresser ayant recours à des expédients les plus divers jusqu’à ce qu’il découvre que son flair pour les bonnes affaires dans le monde des antiquités peut lui être de grand profit. Après un premier moment de doute, puis d’une attitude dédaigneuse et méprisante, ceux qui faisaient partie de la société que Marcel Proust dépeint dans À la recherche du temps perdu, reviennent finalement sur ses pas et décident de laisser rejoindre se rangs à ce démiurge de la Belle Époque que fut Boni de Castellane.

Peût être que la plume de Boni de Castellane ne soit pas celle d’un grand écrivain, mais ses mémoires (dont la première partie à été publiée sous le titre Comment j’ai découvert l’Amérique) constituent un document de premier ordre pour connaître le monde de la Belle Époque et approfondir sur les raisons de sa décheance.

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© E. Altés, 2011

Un roman français qui me ressemble

Frédéric Beigbeder, Un roman français, LGF (Coll. Le Livre de Poche nº 31879), 2010, 248 pp.

Nous, Beigbeder et moi, nous appartenons à une même génération. Rien d’étrange donc à ce que je trouve un assez grand nombre de ressemblances entre l’enfance et la jeunesse du personnage principal de son roman et l’enfant, puis l’adolescent, que je fus. Mis à part le fait qu’il a souffert, lui, de l’échec du mariage de ses parents et tenant en compte qu’il était un enfant citadin résident en ville et moi un enfant, citadin aussi, mais vivant à la campagne, il semble que nous, Beigbeder et moi, nous avons vécu de situations communes Lire la suite