Une double exhumation du passé: Nous voilà, de Jean-Marie Laclavetine

Jean-Marie Laclavetine, Nous voilà, Gallimard (Coll. Folio nº 5149), 2010, 392

Un groupe de nostalgiques décide d’entreprendre la mission la plus saugrenue qu’on puisse concevoir: celle de récupérer le cercueil du Maréchal Pétain afin de lui transférer à Douaumont en lui donnant ainsi le repos éternel à côté de ses pioupious. Tout se passe bien à l’île d’Yeu, mais bientôt les choses vont mal tourner. En effet, les mecs qui conduisent la camionnette qui transporte la précieuse marchandise seront détenus lors d’une stupide bagarre avec la police au milieu de la fameuse manif en défense du Larzac qui bloque la circulation au centre de Paris.

Commence alors pour la dépouille du Maréchal un absurde itinéraire, parcours fait en toute sorte d’indignes moyens de transport, qui permet à l’auteur de déclencher le thème constituant le sujet principal du roman, décrit en quatrième de couverture comme « la chronique ravageuse d’une génération, de 1973 à 2007 ». En effet, tout au long des pages de Nous voilà, Jean-Marie Laclavetine va nous découvrir la nature des transformations subies par une partie des intégrants de la commune post soixante-huitarde que constitue le point de départ pour les personnages principaux du roman.

Des transformations qui se produisent au fur et à mesure que leur conception de société anarchique idéale tend plutôt à revêtir la forme d’une partitocratie vénal et consumériste et que nombre des mecs qui fréquentaient à l’époque le milieu libertaire -autrefois panégyristes de l’usage de la drogue, de l’abolition de la propriété privée et du droit à l’avortement- commencent à occuper des postes dirigeants au sein des partis et des grandes entreprises, de sorte qu’ils terminent par se substituer, trente ans après, aux types qu’ils haïssaient au temps de sa jeunesse contestataire et mouvementée.

En lignes générales, le roman résulte recommandable. J’ai aimé surtout l’idée bizarre et farfelue de l’exhumation du Maréchal et son transfert à l’ossuaire, ainsi que la suite de circonstances menant à sa perte. Par contre, je trouve un peu ennuyant les épisodes consacrés aux souvenirs et aux rapports sentimentaux des personnages principaux -Paul, Lena et Salva-, aussi bien que cette sorte d’atmosphère de rêves gâchés qu’ils respirent ne me paraît nullement convaincante.

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© E. Altés, 2011

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